Conseils d'écriture·Ma vie d'étudiante

Interview d’Astrid Stérin, autrice

Comme vous le savez peut-être si vous suivez La Dormeuse du Val depuis sa création en novembre, je suis étudiante dans une licence de lettres, mais en année de césure. Un de mes projets de l’année est de rencontrer des auteurs , ou au moins d’échanger avec eux par mail: de cette manière j’en apprendrais plus sur le métier d’écrivain de manière concrète, avec des conseils et des témoignages d’auteurs. J’en ai contacté beaucoup, pas tous ne m’ont répondu, mais j’ai eu la chance d’avoir pu communiquer par mail avec la plupart, ou lors de rencontres (limitées toutefois à cause de la situation actuelle). Astrid Stérin fait partie des auteurs m’ayant répondu par mail.

Astrid Stérin est une autrice de fantasy dont je suis le blog et la newsletter depuis plusieurs années. Actuellement, Astrid a publié le roman Le Page de l’Aurore aux éditions Sylphe Rouge. Elle donne de très bons conseils d’écriture sur son site, c’est pourquoi j’ai pensé à m’adresser à elle pour lui poser mes questions. Aujourd’hui, je vous partage son témoignage sur le métier d’écrivain! 🙂

son roman Le Page de l’Aurore

Selon toi quel est l’élément qui montre que tu as suffisamment retravaillé ton texte et que tu peux le proposer à des maisons d’édition?

Je ne saurais pas citer un élément spécifique. Il y a plusieurs étapes indispensables : laisser le texte reposer quelques temps, me relire bien sûr autant de fois que nécessaire, identifier tous les éléments à corriger et les retravailler, et surtout solliciter un regard extérieur avec des bêta-lecteurs. Bien sûr, le texte est toujours perfectible. L’important, c’est que j’arrive à lire mon manuscrit en me sentant fière du texte que j’ai écrit. 


Comment protèges-tu ton texte avant la publication?

Je n’ai rien fait pour protéger mon texte. Beaucoup d’auteurs débutants ont peur qu’on leur vole leurs idées, mais honnêtement je pense que cette peur est très exagérée. Entre une simple idée et l’écriture d’un bon roman, il y a des mois et des mois de travail et chaque auteur aura une façon très personnelle d’interpréter une idée. Donc très peu de chances que le « concurrent potentiel » aille au bout de l’écriture du roman, et encore moins que ce roman ressemble à ce qu’on écrit soi-même.Et je m’adresse à des bêta-lecteurs de confiance, des personnes que je suis depuis longtemps voire que je connais personnellement, donc aucune raison de m’inquiéter.


Tu as publié ton roman dans une petite maison d’édition. Selon toi quel est le mieux entre l’autoédition, les petites et grandes maisons d’édition et pourquoi?

Je pense que ça dépend vraiment de chaque auteur, de ce qu’il recherche et du travail qu’il est prêt à fournir. En autoédition, il faut gérer soi-même toute la création du livre en tant qu’objet : la couverture, la mise en page, l’impression, la distribution en ligne ou en librairies… C’est très solitaire et il faut souvent engager des fonds pour payer des prestataires, si on veut un travail de qualité. Une maison d’édition, qu’elle soit petite ou grande, prendra en charge ces aspects.

Dans une petite maison comme la mienne, on peut avoir un accompagnement plus poussé sur le texte, plus en amont du travail d’écriture (c’est en tout cas le cas chez Sylphe Rouge). En revanche, ma maison d’édition n’a pas du tout le même réseau ni les mêmes moyens qu’une maison plus installée. C’est difficile d’être bien représenté en librairie, de participer à des salons, etc.Une maison d’édition plus importante pourra aider davantage l’auteur dans sa communication, en le mettant en avant chez des libraires, en organisant des opérations de promotion ou des dédicaces, par exemple. Mais dans tous les cas, chaque auteur a intérêt à travailler lui-même sa notoriété, que ce soit via un blog, une newsletter ou des réseaux sociaux. Même dans les grandes maisons d’édition, le rythme des sorties est tellement intense que chaque parution n’a qu’une fenêtre assez courte pour se faire connaître.

Si on cherche à atteindre le maximum de lecteurs possibles, c’est toujours recommandé de travailler à sa propre communication, même quand on est accompagné par une grande maison d’édition. Il y a des milliers de livres qui sortent chaque année, donc ce n’est vraiment pas simple d’avoir une bonne visibilité si on n’est pas déjà connu. Et comme je te disais, l’éditeur ne va faire la promotion du livre que pendant quelques mois : le reste du temps, c’est à l’auteur de prendre le relai.
Il y a plusieurs moyens pour ça. Le blog en est un, mais il faut lui-même le faire connaître. Beaucoup d’auteurs sont maintenant actifs sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Instagram pour toucher des lecteurs potentiels au-delà du cercle de leurs proches. Ça permet de faire connaître son univers, ses valeurs, de donner un avant-goût de son roman avant qu’il sorte, etc


Selon toi est ce une bonne idée d’envoyer ton textes à plusieurs maisons d’édition à la fois?

Oui, bien sûr! Les maisons d’édition mettent souvent plusieurs mois à envoyer leur réponse, donc si on ne les contacte qu’une par une, on risque d’attendre très longtemps avant d’avoir un résultat. Et si plusieurs maisons d’édition sont intéressées par le manuscrit, ça permettra à l’auteur d’être en position de force pour négocier un contrat avantageux.

Est ce que le héros d’un livre pour enfant peut être un adulte, si le ton du roman est « enfantin »?  

Tout est possible ! Et c’est très important d’écrire avant tout ce qu’on a envie d’écrire.Mais effectivement, il faut être conscient que certains choix poseront plus de difficultés que d’autres. Le marché de l’édition s’appuie souvent sur des codes et des catégories pour simplifier la commercialisation des livres. En littérature jeunesse, il est généralement recommandé que le héros ait deux ou trois ans de plus que le lecteur. J’ai d’ailleurs eu le problème inverse, car le héros de mon roman a pu être considéré comme trop jeune par rapport au public visé! Ça n’a pas empêché le roman de paraître, mais ça demande des efforts supplémentaires pour rendre ce héros attachant, intéressant et accessible, et pour convaincre les lecteurs de se laisser tenter par le livre.

Est ce que tu as déjà participé à un salon? Et si oui, comment fais tu pour y participer? (C’est toi qui les contacte, est-ce que c’est payant ou est-ce que tu es payée?)

Non, pas encore. J’ai failli participer au salon l’Autre Livre en novembre, mais il a été annulé à cause du Covid. C’est ma maison d’édition qui gère les participations aux salons et, effectivement, c’est payant pour les exposants. Les écrivains autoédités peuvent y participer de façon indépendante –  à condition de payer, eux aussi. Les tarifs diffèrent beaucoup selon les salons – pour Livre Paris par exemple, c’est très élevé. Le pari que font les exposants et de pouvoir faire des ventes et d’acquérir une visibilité qui rentabiliseront l’investissement.


D’après ton expérience, quel est le meilleur et le pire du métier d’auteur!

Je ne sais pas si je peux parler de mon activité d’autrice comme d’un métier, car jusqu’à présent j’ai toujours eu un emploi « officiel » en parallèle.Pour moi, le meilleur, c’est que c’est ma passion. J’adore créer des histoires, des univers, des personnages. J’adore apprendre à écrire toujours mieux et retravailler un texte jusqu’à en être vraiment fière. C’est une activité dont je ne me lasse pas.Le pire, ce serait l’impossibilité d’en vivre. La rémunération que la plupart des auteurs tirent d’un roman est ridicule par rapport au temps passé à l’écrire, notamment en France (par rapport à un marché plus vaste comme le marché anglo-saxon). Le faible prix du livre et le (généralement) faible nombre de lecteurs pour chaque roman font qu’il est extrêmement difficile de vivre exclusivement de l’écriture.

2 commentaires sur “Interview d’Astrid Stérin, autrice

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